Découvrez l'oeuvre Le joli mois de mai dans l'exposition Love is Louder
Chevelures flamboyantes, jeunes gens à la nudité décomplexée assis dans l’herbe, aplats de couleurs vives peints à l’émail sur plexiglas : par sa forme et son contenu, Le joli mois de mai (1970) d’Evelyne Axell nous plonge dans la fin des années soixante. Le titre fait bien sûr allusion à Mai 68 et à l’engouement pour ce vent nouveau qui a soufflé d’abord à San Francisco lors du Summer of Love de 1967. En protestation à l’impérialisme américain et la guerre au Vietnam, le mouvement hippie prône l’amour libre, l’amour avant tout. À l’heure d’écrire cet article, impossible de ne pas faire le rapprochement avec les brûlantes contestations qui embrasent les campus en réaction à la guerre à Gaza. « Make love, not war » conserve toute sa pertinence…
Cet « été de l’amour » de 1967 – qui ouvre la période couverte par l’exposition Love is Louder – amorce une accélération dans l’évolution des rapports amoureux. Faire couple, faire communauté et plus globalement faire société : c’est sous ces prismes que nous avons voulu aborder l’amour au travers des œuvres sélectionnées. Sa carrière de peintre n’a duré que sept ans – Axell meurt tragiquement en 1972 dans un accident de voiture – mais l’artiste namuroise laisse une œuvre foisonnante, engagée et novatrice, dans le style du Pop Art florissant. Souvent éclipsée par ses contemporains masculins, elle a été une pionnière dans l’exploration de la sexualité féminine, dépeignant le désir et le plaisir féminins avec audace.
Le joli mois de mai est un triptyque dont le panneau central est une ode à la libération sexuelle et à l’amour, aux couleurs éclatantes culminant dans le rouge révolutionnaire du drapeau qui est aussi celui de l’amour. Ce drapeau aux contours ondulants et libres, Axell le fait volontairement déborder du cadre pour éclater le carcan du triptyque classique, à l’instar des jeunes soixante-huitards ruant dans les brancards, brisant les conventions sociales et l’ordre établi.

« Au-delà d’un engagement politique, la révolution est également personnelle et intime.»
Axell n’est pas étrangère ni insensible à ce mouvement contestataire. Car la révolte estudiantine enflamme aussi Bruxelles, et notamment les milieux culturels. On pense à Marcel Broodthaers qui occupe le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en mai ‘68, et y organise des assemblées libres auxquelles assiste Axell. À Paris, elle rencontre Pierre Restany, critique d’art influent et défenseur des arts les plus novateurs, dont celui d’Axell, de Niki de Saint Phalle et de Marta Minujín – toutes les trois dans l’exposition.
C’est Restany qu’Axell représente en « gourou » sur le volet gauche, prêchant la libération des arts. Sa main levée fait écho à la figure centrale brandissant, les seins à l’air, l’étendard de la libération (sexuelle), à l’image de La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix (1830). Dans le volet de droite, Axell se représente comme souvent nue, reconnaissable à ses « lunettes John Lennon » et munie de ses attributs de peintre. Elle revendique avec fierté qu’elle dispose de son corps et de son pinceau en toute liberté. Dans cette œuvre maîtresse, Evelyne Axell embrasse l’esprit contestataire de l’époque, incarnant l’éveil de la révolution sexuelle et suggère aussi qu’au-delà d’un engagement politique, la révolution est également personnelle et intime.
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