L’œuvre fascinante de De Bruyckere se concentre sur la condition humaine, dans toute sa fragilité. Ses œuvres puissantes et poétiques révèlent souvent une dualité : la souffrance et l’amour, le chagrin et le réconfort, la vie et la mort.
« En tant qu’êtres humains, nous sommes souvent confrontés à l’horreur ou à la beauté que nous ne comprenons pas toujours, mais dont nous faisons partie intégrante », explique De Bruyckere. « Mon travail est toujours le reflet de la façon dont je regarde et questionne le monde en tant que personne et en tant qu’artiste. C'est aussi ce qui m'attire dans l'œuvre de Pasolini : tout ce que nous voyons est vécu, immortel, et vibre de l’agitation du politique, de l’érotique et de l’existentiel. »
De Bruyckere puise dans diverses sources d’inspiration : l’iconographie religieuse, la mythologie classique, les œuvres des maîtres anciens et les héritages culturels. Elle transpose ces fondements de son langage visuel dans un contexte contemporain : la violence qui nous entoure, les images de la souffrance humaine à l’échelle mondiale, mais aussi la beauté, le réconfort et la transformation.
Khorós
Dans Khorós, Berlinde De Bruyckere engage un dialogue avec des artistes perçus comme une famille de coeur et qu’elle décrit comme ses « compagnons de route ». Le mot grec Khorós (χορός) désigne le groupe de chanteurs/danseurs qui, dans les tragédies grecques, commentent ce qui se déroule sur la scène. De la même façon, l’exposition offre une combinaison de voix, de thèmes communs et d’échanges.
« Ce que j’aime par-dessus tout, c’est travailler en dialogue », confie De Bruyckere. « Être en relation avec les gens, être sensible à ce qui se passe autour de moi. Au lieu d’une rétrospective ‘classique’, j’ai trouvé intéressant, à la demande de Bozar, de revenir sur des dialogues et des personnes inspirantes. Mes œuvres, souvent composées de différentes strates, pourront, dans Khorós, se lire avec un nouveau regard. »
Les dialogues de Khorós, tout comme l’œuvre de De Bruyckere, créent des ponts, dans le temps et dans l’espace: de la mythologie grecque et des scènes bibliques au cinéma très habité de Pier Paolo Pasolini, aux textes de l’emblématique musicienne et poétesse Patti Smith, et à l’art contemporain, y compris celui de son partenaire, l'artiste Peter Buggenhout. Mais des objets cérémoniels hindous Lingam et Yoni entrent également en dialogue avec l’œuvre de De Bruyckere, soulignant la nature explicitement érotique et sexuellement chargée de certaines créations.
Outre des œuvres emblématiques comme le cheval (Lost I, 2006), le poulain (Lost V, 2021-2022), l’arbre monumental (San Sebastian, 2019-2022) ou des œuvres exposées à la Biennale de Venise et présentées pour la première fois à Bruxelles (Arcangelo, City of Refuge et Need), Khorós met également en lumière des facettes moins connues de l’œuvre de De Bruyckere. Des créations récentes telles que les œuvres en linoléum (Plunder, 2024-2025) et les collages (It almost seemed a lily, 2024) ont été réalisées spécialement pour l’exposition à Bozar.
Eros et Thanatos
Ses sculptures d’une singulière physicalité entrent en conversation avec d’autres disciplines artistiques: peinture, cinéma, littérature, vidéo, danse... Dans cette exposition au caractère cyclique, tout est lié. Mais au centre demeure toujours le corps, que ce soit dans sa vitalité ou son déclin, dans son éternelle métamorphose. Dépouilles de chevaux, couvertures et peaux de bêtes usées, arbres, fleurs, métal rouillé, corps sans tête, ... : les formes et les matériaux utilisés par De Bruyckere sont minutieusement choisis en raison de leur pouvoir métaphorique. De plus, De Bruyckere ne travaille jamais avec de nouveaux matériaux. La réutilisation de ce qui semble à première vue sans valeur ou décrépit est essentielle dans son travail.
De Bruyckere : « Mes œuvres vous obligent à regarder quelque chose que vous ne voudriez peut-être pas voir. Je veux toucher les gens là où ils ont peur d'être touchés, évoquer des choses pour lesquelles ils n'ont pas de mots, mais toujours avec nuance et sensibilité. Je ne détourne pas le regard des blessures, des souffrances, de la déchéance, de la mort, de la solitude, car elles font partie de la vie, tout comme elles font partie de mon travail. Mais c'est tout aussi vrai pour la tendresse, la complicité, la vitalité et le désir. Éros et Thanatos vont main dans la main. »
Dans Khorós, des œuvres extrêmement intimes et fragiles contrastent avec des installations monumentales et brutes. Mais chaque œuvre incarne une vulnérabilité poétique qui invite les visiteurs au ralentissement et à la réflexion.
L’exposition est la première de la série Conversation Pieces, un nouveau concept dans lequel Bozar invite un artiste à faire dialoguer son œuvre avec celle d’autres artistes.
L’exposition est accompagnée de la publicationBerlinde De Bruyckere. Khorós publiée par Bozar Books & le Fonds Mercator, avec des textes de Gary Carrion-Murayari, entre autres.
Le guide du visiteur, également accessible numériquement via l’application Bloomberg Connects, fournit un contexte narratif aux œuvres. L’application est lancée pour la première fois en Belgique par Bozar. Un podcast gratuit basé sur des conversations avec l’artiste sera également disponible en avril.
Bozar propose aussi un programme transversal de conférences et de débats, d’un nocturne Bozar all over the P(a)lace, de visites guidées, de projections de films (dans la nouvelle salle de cinéma Le 23) et d’une performance.